D'origine sénégalaise,il est lauréat des Grands prix de l'accademie française. il est le président et le créateur de la maison Africaine de la poésie internationale.
dans sa lettre que j'appelle "mémoire de l'AFRIQUE",il s'est servi aux accènts ironiques pour indexer une France en proie de ses angoisses et un président"Sarko" marqué par une schizophrénie.
un seul message à retenir,c'est de dire à SARKO qu'une France sans immigration,et donc sans l'Afrique et les Africains est une France sans anabiose.
En vous félicitant de votre victoire, de la confiance que le peuple
français a placée en vous, je tenais à vous dire combien j'ai été touché par
votre décision de faire désormais connaître auprès des jeunes écoliers
français la terrible tragédie de la déportation. Oui, la lettre,
l'insoutenable lettre de Guy doit être lue, connue.
Il sera difficile de vous contester cette noble initiative. Elle
relève d'une grande vigilance de votre part, mais mieux encore : d'une
profonde perception des drames humains. Et il faut un coeur pour détecter le
cri de Guy Môquet
passer ce cri aux générations futures. Vous avez eu ce coeur. Je ne
crois
pas que l'on emprunte un tel coeur. La ruse, le jeu et les calculs politiques
ne conduisent pas, malgré leurs vices, leurs talents, à se doter d'un tel
coeur. Votre geste me semble pur. Il y va de la construction de notre monde
de demain. Et c'est la jeunesse, je dirai l'enfance mondiale, qui est en
première ligne. Cette jeunesse doit être informée, sans tarder. Et c'est
bien l'école la meilleure voie, le meilleur des conducteurs. Très tôt, il
nous faut savoir pour que très tôt nous puissions nous mobiliser pour que
plus jamais notre humanité ne connaisse une telle insulte.
J'ai appris que la France n'avait pas fait de l'histoire une
discipline cardinale dans son enseignement primaire, secondaire,
universitaire. Si c'était le cas, il faut vite réparer cette impardonnable
lacune. L'histoire de votre pays doit être enseignée à vos enfants dés le
bas âge. C'est un grand pays qui a beaucoup apporté au monde pour sa célèbre
devise : liberté, égalité, fraternité.
Mais c'est aussi un pays que d'autres
grands peuples ont aidé, soutenus avec sang et sueur dans ses pages
douloureuses et sa quête de liberté. Je veux précisément parler ici du lourd
prix payé par l'Afrique avec ses tirailleurs sénégalais pour libérer la
France. On est allé jusqu'à dire, si méchamment, que votre pays s'est battu
jusqu'aux derniers des noirs, pour reconquérir sa liberté. Pour dire,
au-delà des jeux de mots, le poids du sacrifice de nos pères.
Me fait croire qu'il devrait être également possible de réparer une autre
injustice de l'histoire et de la mémoire des hommes : faire connaître aux
jeunes français l'histoire des tirailleurs sénégalais. Il s'agit, dans cette
perspective, de faire lire dans vos salles de classe, non chaque jour, mais
au moins un jour de la semaine, le poème de Senghor sur les tirailleurs
sénégalais, ou tout autre court texte résumant la nature de leur combat et
leur sacrifice pour la France.
Au Sénégal, la statue symbolisant la lutte des tirailleurs
sénégalais, fait désormais vivre côte à côte les soldats *Demba* et *Dupont
*, selon la volonté du Président Wade. Et les enfants des écoles viennent
là, sur la place de la gare, regarder, écouter, comprendre. Un clip à la
télévision sénégalaise le relaie sans cesse. Il s'agit de ne jamais oublier.
A votre tour, faites quelque chose. Cela ne fera que grandir la
France. Cela ne fera que confirmer que vous êtes parti pour être le
Président de la France de toutes les couleurs, le Président du coeur, car
seul le coeur peut donner, il est le moteur et le sourcier de la générosité.
Oui, Monsieur le Président, c'est bien de générosité et de justice qu'il
s'agit d'abord.
On a dit et prédit qu'avec vous la France aller changer,
avancer, innover enfin, quoi que cela vous coûtera. Ne laissez pas en marge
les grandes douleurs de l'histoire de votre pays, celles-là qui, chaque
jour, rassemble davantage autour de sa grandeur, de ses valeurs cardinales,
de ses capacités d'amour et d'accueil face à ceux qui cherchent à faire de
la France la terre de leur âme.
La France ne sera jamais seule. Sa vocation
est d'être aimée. Malgré elle. C'est dans son histoire interne et externe,
durant les siècles qui l'ont forgée, qu'elle s'est définitivement greffée la
part de l'autre. La France regagne la lumière à chaque fois qu'elle prend le
temps de s'attarder sur sa grandeur.
Il lui reste à vaincre sa peur du
changement, à repenser son avenir dans le silo que lui avait tracé votre
prédécesseur en ces termes si pleins d'espérance : « *Restaurer l'idée d'un
progrès de l'humanité. Poursuivre une nouvelle utopie, un nouvel idéal. Ré
enchanter le monde, rendre son rêve à l'homme, et rendre un territoire à ses
rêves. »*
Monsieur le président de la République, autant vous êtes installé
malgré vous dans la mondialisation, autant vous devez déjà reconnaître qu'il
y a bien longtemps que la France s'est installée dans la mitoyenneté d'une
solidarité africaine.
Et l'Afrique, avec vous, cherche avant tout à
installer cette mitoyenneté dans la dignité, le respect. Je ne crois pas que
votre pays fera le développement de l'Afrique. Votre aide publique au
développement est trop dépendante des énormes difficultés dont votre pays
fait lui-même face à l'interne, comme sur l'externe où il tente de faire
bonne figure au sein de l'Europe et y tenir son rang de puissance mondiale.
Votre tâche est titanesque même s'y rien n'y paraît dans le feu des
actualités qui masquent bien les difficultés et épargnent du tableau des
vrais désastres.
Quant à nos efforts en Afrique de sortir de nos situations
de pays appelés joliment et par souci presque psychiatrique « pays
émergents », ils épuisent et découragent même Dieu ! La vérité est que tout
relèvera d'abord, chez nous en Afrique plus que chez vous, de la capacité
des dirigeants politiques à gouverner leur pays dans l'audace des réformes,
la rigueur des lois et du niveau de vie de l'Etat, la croisade contre la
corruption plus dévastatrice que le sida et le paludisme, le choix des
priorités, la maîtrise des équilibres macro-économiques, la souplesse du
pouvoir d'achat des ménages comme la protection de celui des fonctionnaires
et des retraités,
l'investissement dans la formation professionnelle, le
développement des infrastructures énergétiques, la diversité des produits
d'exportation, le renforcement des chaînes de transformation, l'option ferme
d'une auto suffisance alimentaire moins dépendante, l'investissement dans le
social, l'agriculture, le plein emploi pour ancrer la jeunesse.
Monsieur le Président, si j'ai tenu à vous écrire, si j'ai tenu à
vous féliciter pour votre initiative de la lecture désormais dans les salles
de classes de France de la belle et douloureuse lettre de Guy Môquet, si
j'ai tenu à vous demander de penser aussi à la lutte des tirailleurs
sénégalais qui, pendant deux meurtrières guerres mondiales, mérite d'entrer
dans vos livres d'histoire et rappelée chaque jour à la mémoire de vos
jeunes écoliers, c'est parce que je crois, avant tout, que les réponses à
apporter aux français et aux autres peuples du monde, ne se conjuguent pas
seulement en termes économiques mais culturels.
Senghor le rappelait : « *La
troisième guerre mondiale ne sera pas nucléaire, mais raciale ».* Retenez
l'alerte ! Voyez-vous, le « 11 septembre » aux Etats-Unis d'Amérique, ce ne
sont pas les conséquences injustes du marché mondial.
C'est plus important
encore : c'est la culture ! Alors, que votre rêve pour le peuple français,
légitime et naturel, n'annule pas chez vous le rêve d'universalité qui,
seul, créait des espaces de reconnaissance et d'adhésion chez les autres
peuples du monde.
Soyez un apôtre de la culture, vous qui, justement,
Monsieur le Président, à cause de la culture, pour la culture et malgré la
culture, enfant de l'exil et de l'immigration, êtes devenu le Président de
la République d'une des plus belles et des plus vielles nations de la terre.
Avec vous, le rocher est devenue la montagne, détruisant ainsi le mythe
d'une France imprenable que Le Pen a cru avoir le courage et l'intelligence
de dénoncer au grand vent et que nombre de français ruminaient en eux bien
bas, ce qui a perdu Lionel Jospin et placé Chirac face à l'extrême droite
pour le second tour. Le réveil fut brutal face à la France elle-même, à la
communauté internationale ensuite.
Jamais alors la France ne s'était autant
mobilisée pour démontrer combien elle était grande, unie, forte dans ses
exigences et son choix de société. Le Pen a cru vous abattre en s'attaquant
à vos filiations identitaires, en dénonçant votre non appartenance à la
vieille souche mère.
L'histoire vous a donné raison sur deux points : le
courage de s'assumer, de se garder toujours d'être soi-même, d'être fier de
ce qu'on est, d'où l'on vient, d'être intraitable avec son passé, son
héritage. Que le peuple français savait grandir, s'ouvrir, donner, vivre et
refuser l'enfermement, l'exclusion. Et vous avez fini par gagner. Si vous
aviez fui votre passé, l'avenir vous aurez fui.
Déjà, vous avez marqué l'histoire de la France par votre seul
itinéraire identitaire, votre singularité. Sans votre singularité, vous
n'auriez pas fait autant rêver et espérer la France Vous avez fait naître
dans les esprits, cette espérance que tout peut arriver, que tout peut
changer, que le monde n'est pas immobile, que les peuples écoutent,
s'adaptent, adoptent, aiment.
Que le travail et l'abnégation paient. Ne
privez pas d'avenir ceux qui comme vous, rêvent demain de servir à leur tour
une autre France qui aura déjà beaucoup muté après vous. La chance des
autres enfants d'immigrés est dans votre réussite de demain. Donnez leur
alors sans tarder leur chance. N'allez pas chercher la solution. Vous êtes
vous-même l'exemple de la solution.
A vous de l'adapter pour les autres.
C'est votre droit d'y mettre un prix, car vous avez bien payé un prix pour
en arriver là aujourd'hui. Mais ne le majorer pas trop, car vous risqueriez
de graver dans l'eau vos plus grandes actions de la nouvelle histoire de
France de demain.
Vous êtes devenu sans le savoir un puissant symbole de la
diversité culturelle, celle-là qui annule les frontières sans effacer les
identités, sans oublier les repères, qui ose les évoquer, les chanter. Bref,
il faudra vous assumer, vous êtes un enfant de la mémoire, un enfant venu à
la fois de si loin et de si prés. Et c'est parce que vous êtes de ce
« voyage », que vos émotions et vos accents nous touchent parfois, car ceux
qui ont choisi de vivre chez vous, sont les enfants de la mémoire, de l'exil
et de l'émotion.
Monsieur le Président, si vous vivez de ce que nous croyons que vous
cachez en vérité dans votre coeur, car on ne dit, ne dévoile ni ne révèle
tout de soi-même quand on est dans l'arène politique, je peux accepter de
croire que vous serez un grand Président qui fera de grandes choses qui
surprendront le monde.
La politique a été votre fascination. Cette politique
a eu sur vous une terrible pression. Votre obsession fut de toujours
survivre, car en survivant, vous saviez que vous aviez votre chance. Elle
est arrivée. Ce qui maintenant remontera en vous et vous gardera humain
avant que ne s'installe dans les prochains huit mois, définitivement en
vous, « la certitude granitique du pouvoir princier », c'est le film de
votre enfance, de votre vie, de votre parcours.
C'est ce qui vous a brisé,
blessé, fait pleurer, éroder votre coeur, qu'il importe de garder pour être
toujours vous-même. Ce sera votre plus puissant bouclier contre les épreuves
à venir, car elles viendront. C'est ce parcours, ses secrets à vous, qui
conservent et protègent de la dérive, de la vanité, de la « glacialité » de
l'exercice politique et de la conduite des hommes. Puissiez-vous garder la
flamme de ce qui en vous, vous relie à l'émotion. Bien sûr, l'émotion
n'empêche pas la raison. Entre les deux, il faut savoir garder la juste et
bonne mesure.
On ne gouverne pas sans la raison, sans oublier l'autre, la
plus terrifiante, handicapante, la plus pesante, la moins démocratique
quoique incontournable : « la raison d'Etat ». Oui, c'est bien la raison qui
vous apprend que les tombeaux seuls sont des lieux d'éternité et non les
palais. Toutefois, des palais, Monsieur le Président, et c'est mon intime
conviction, on peut bâtir d'autres lieux d'éternité dans la mémoire des
hommes, des peuples et des civilisations. Pensez-y tôt, tôt le temps se
rattrape toujours.
Vous gagnerez votre combat en premier, sur le terrain de la culture
et de la mémoire. Guy Môquet est votre premier set, comme ont dit au
tennis !
Mes respects Monsieur le Président et bonne chance pour vous et
pour la France. Embrassez Ségolène Royal pour moi. Comme vous, elle est
aussi fille de la mémoire. Dieu, que la France a été belle comme jamais elle
ne l'a été avec vous deux !